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  • Thibaut Hugé
  • Publier le vendredi 8 mai 2020 à 12:04 - Mis a jour le vendredi 8 mai 2020 à 12:04

Comment rester motivé sans compétition? « Ce sont les rêves qui font avancer, pas les objectifs »

Le psychologue du sport Jef Brouwers évoque sa vision d’une pratique de la course à pied sans compétition à moyen terme.

Plus aucune compétition en vue. Plus aucun objectif. Les coureurs à pied peuvent encore s’entraîner chez nous en respectant les règles élémentaires de sécurité mais ont, pour beaucoup d’entre eux, vu s’envoler la raison pour laquelle ils couraient actuellement.

Face à ce constat, beaucoup de ceux qui s’entraînent de façon régulière et structurée ont vu leur motivation en prendre un sacré coup. Garder l’envie quand on ne sait plus après quoi on court est en effet très compliqué. D’où l’importance de faire le deuil au plus vite de ses objectifs pour se tourner vers d’autres sources de motivation, à plus long terme.

« C’est mon point de vue ; je pense que ce ne sont pas les objectifs qui font avancer, mais bien les rêves », affirme d’entrée le psychologue du sport Jef Brouwers, tempérant l’importance sur la motivation des compétitions fixées à court terme. « Les objectifs, ce sont des missions qu’on se fixe tous les jours, qui nous permettent chaque jour de prouver qu’on est capable d’y arriver. Ces objectifs sont fixés dans le temps. Les rêves, eux, sont beaucoup plus lointains. C’est ce vers quoi on idéalise d’aller. Sans eux, il est impossible de faire des sacrifices et d’accumuler des efforts tels qu’un entraînement structuré sur la durée. »

La phase d’acceptation

Tout dépend donc de l’importance à vos yeux de l’objectif que vous vous étiez fixé pour le printemps 2020 et si l’annulation de celui-ci vient compromettre le rêve que vous aviez en vous. S’il n’y a rien de plus personnel qu’un rêve, le report des Jeux olympiques pour un athlète à la fois en grande forme et en fin de parcours sera donc plus compliqué à surmonter que l’annulation d’une compétition sur laquelle on sait qu’on pourra revenir un an plus tard et avec le même état de forme, au minimum.

Reste que, face à l’annulation des objectifs qui avaient été fixés pour les prochains mois, l’important est d’abord d’accepter la situation. Certains entraîneurs ont ainsi conseillé quelques jours de repos complet à leurs athlètes afin qu’ils pensent à autre chose et tournent le bouton.

« Perdre sa motivation ou la voir diminuer face à la disparition d’un objectif est une réaction logique de tout athlète », confirme Jef Brouwers. « Il faut accepter cette situation. Et s’organiser en fonction en pensant au plus vite à un nouveau plan. Le sportif, amateur ou professionnel, doit toujours s’adapter aux circonstances extérieures, même si elles sont particulières dans le cas présent. Personnellement, je ne suis pas pour un arrêt complet. Il faut bien sûr adapter sa pratique mais la patience pour atteindre son but est une vertu importante dans le sport. C’est elle qui permet d’arriver à bon port. »

Cette phase d’acceptation peut durer plus ou moins longtemps selon l’athlète. « La décision doit venir du coureur. C’est au cerveau d’accepter de se projeter vers autre chose que ce sur quoi il était focalisé depuis plusieurs mois ou semaines. Vu qu’il est impossible de changer le passé et que le coureur ne peut agir sur les circonstances extérieures, l’acceptation est la chose la plus importante. Le souci est que beaucoup n’acceptent pas les circonstances et restent donc focalisés sur ce qu’ils auraient pu faire plutôt que sur ce qu’ils pourraient faire. »

Se fixer un nouveau plan A

L’acceptation passe par la désignation d’un nouveau scénario préférentiel, c’est-à-dire le choix d’un nouveau plan A, qui ne doit pas être un choix par défaut vu l’annulation du précédent. Une étape de plus vers votre rêve sportif, voire même un nouveau rêve selon les circonstances.

« Dans le cas des Borlée, par exemple, ils ont directement affirmé qu’ils repartaient pour une année de plus vu le report des Jeux. C’est une façon d’accepter la situation et de se fixer un nouvel objectif. Sans cela, il est impossible de renouer avec la dynamique permettant aux coureurs de retrouver l’envie pour s’entraîner. »

Attention, cela ne signifie pas pour autant renier les doutes et angoisses liés au contexte. « Celui qui dit qu’il n’a pas d’angoisses actuellement ment. Mais il faut accepter la situation telle qu’elle se présente et, en fonction de celle-ci, établir un nouveau projet. L’humain, quand il le veut, a une formidable capacité d’adaptation aux circonstances. En course à pied ou dans tous autres domaines, il est toujours possible, si on accepte la situation, de trouver de nouveaux défis. »

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