La performance d’Eugénie Martel, 10 ans, lauréate ce dimanche chez les dames des 4 Miles de Charleroi, relance une question essentielle : à quel âge et dans quelles conditions un enfant peut-il vraiment pratiquer la course à pied ?

Ce dimanche, lors des 10 Miles de Charleroi, une image a marqué les esprits : celle d’Eugénie Martel, 10 ans à peine, s’imposant chez les femmes sur 4 Miles (6,4 km). Une performance remarquable, mais qui invite aussi à prendre un peu de recul.
Car si voir un enfant briller est toujours réjouissant, la question n’est pas tant “peut-il le faire ?” que “doit-il en faire autant, et si souvent ?”
Courir oui… mais jouer avant tout
Avant 12 ans, le mot-clé en matière de sport doit rester simple : le jeu. Un enfant court naturellement, partout, tout le temps. C’est une excellente chose. Mais transformer cette envie spontanée en entraînement structuré, avec des distances, des chronos ou des objectifs, n’est ni nécessaire ni souhaitable.
À cet âge, le corps est en plein développement. Il a besoin de variété pour construire des bases solides : coordination, équilibre, motricité. La course à pied peut en faire partie, bien sûr, mais elle ne doit jamais devenir exclusive.
Le piège de la spécialisation précoce
Les profils comme celui d’Eugénie Martel posent un vrai défi : comment canaliser un talent évident sans brûler les étapes ?
Car l’histoire du sport est remplie de jeunes prodiges… disparus des radars quelques années plus tard. Trop de volume, trop d’intensité, trop tôt : le cocktail parfait pour les blessures ou la lassitude.
Le message est clair : il faut éviter l’ultra-spécialisation à cet âge, et idéalement attendre le cap des 16 ans pour se projeter dans la performance sur une discipline en particulier. Avant cela, mieux vaut découvrir, tester différentes distances, voire même d’autres disciplines. Des sports comme la natation, le vélo ou les jeux collectifs vont enrichir le développement global du jeune sportif sans surcharger l’organisme.
La performance, un bonus… pas un objectif
Qu’un enfant participe à une course, même de 6 km, n’est donc pas un problème en soi. Ce qui compte, c’est le cadre : pas de pression, pas de répétition excessive, et surtout, aucune logique de performance à long terme à cet âge-là. Car courir vite à 10 ans n’est pas un indicateur fiable du futur niveau. En endurance, les trajectoires se construisent sur la durée.
Chez les plus jeunes, le véritable objectif n’est pas (encore) d’aller vite… mais d’aller loin. À l’entourage de trouver le bon équilibre : encourager, oui. Encadrer, surtout. Et savoir freiner, parfois.




