Depuis deux ou trois ans, un nouveau mot s’est glissé dans le vocabulaire des coureurs et sur les boîtes de chaussures : GRVL, pour gravel. Emprunté au cyclisme — où il désigne ces vélos hybrides capables de rouler aussi bien sur asphalte que sur chemins de terre — le terme s’est naturellement transposé à la course à pied. Et pour cause : de plus en plus de coureurs sortent de chez eux en bitume, basculent sur un ravel, traversent un bois, repassent sur du goudron pour rentrer. Bref, ils ne courent ni vraiment sur route, ni vraiment en trail.

Une discipline entre deux mondes
Le GRVL, c’est exactement ce créneau-là : la zone grise entre la route et le trail. Pas assez technique pour justifier une vraie chaussure de montagne, trop irrégulier pour une chaussure de route classique qui finit par glisser ou s’user prématurément. Les marques ont fini par formaliser le segment avec des modèles dédiés, repérables à leurs gommes plus accrocheuses, leurs petits crampons (généralement 2 à 4 mm) et leurs tiges plus robustes que sur une route, mais sans les protections lourdes d’un vrai trail.
Pourquoi ça marche particulièrement bien en Belgique
Le GRVL trouve un terrain de jeu idéal en Belgique. Le pays est tissé de chemins de halage, de ravels (les anciennes voies ferrées reconverties), de chemins agricoles et de petits sentiers forestiers — autant de surfaces ni vraiment route, ni vraiment trail, où une chaussure polyvalente fait toute la différence. À Bruxelles, en Flandre comme en Wallonie, beaucoup de coureurs enchaînent ces typologies de terrain dans une même sortie sans même y penser. Le GRVL, c’est leur chaussure naturelle.
Reste à choisir le bon modèle. On en a sélectionné trois, parmi les plus pertinents du moment.
Nos 3 modèles phares
Salomon Aero Glide 4 GRVL — la référence du segment

C’est sans doute le modèle qui a le plus contribué à populariser le segment GRVL dans le monde du running. La marque avait sorti la Aero Glide 3 GRVL comme une simple variante trail-ready de sa chaussure de route, avec une tige qui peinait dès qu’on quittait le bitume. La 4 corrige largement le tir.
Côté chiffres : 41 mm / 33 mm de stack, 8 mm de drop, environ 275 g (en 42). Sous le pied, on retrouve la mousse optiFOAM², une EVA supercritique au retour d’énergie correct et au moelleux généreux. La géométrie Reverse Camber assure une transition fluide du talon à l’avant-pied. La gomme All Terrain contaGRIP® avec ses crampons chevron de 2,5 mm donne une accroche solide sur gravier, terre tassée et chemins humides, sans pour autant rendre la chaussure désagréable sur le bitume.
La grande nouveauté de cette version 4, c’est la tige : plus structurée, mieux maintenante, équipée du système QuickLacedésormais standard sur la gamme. Le maintien gagne en précision, sans alourdir l’ensemble. L’Aero Glide 4 GRVL n’est pas taillée pour le terrain technique ou la boue grasse, mais pour tout ce qu’il y a entre la route et le sentier facile, elle fait le job avec un confort rare.
Pour qui ? Les coureurs qui veulent une chaussure capable d’enchaîner asphalte, ravels et chemins forestiers sans compromis majeur. Excellente sur sorties longues. Tarif autour de 160 €.
Hoka Challenger 8 — le matelas polyvalent
Si Salomon arrive sur le segment GRVL avec un modèle dédié, Hoka y est déjà depuis des années avec sa Challenger, pionnière du concept road-to-trail bien avant que le terme «gravel» ne s’impose. La version 8, sortie en 2025, pousse encore le curseur côté amorti.

Au programme : 42 mm / 34 mm de stack, 8 mm de drop (contre 5 mm sur la 7), environ 265 g en taille 9 US. Sous le pied, une mousse CMEVA compressée typiquement Hoka — moelleuse, tolérante, mais nettement moins dynamique que les supermousses récentes. La semelle extérieure embarque des crampons multidirectionnels de 4 mm, avec une bonne partie de mousse exposée sous le médio-pied pour alléger l’ensemble et faciliter la transition sur dur.
Le ressenti est très Hoka : on flotte. C’est confortable, peu fatigant, idéal pour les sorties longues à allure tranquille. En revanche, comme souvent avec un stack très haut, la stabilité atteint ses limites dès que le terrain devient cassant ou en dévers — ce n’est pas une chaussure pour le technique. La gomme maison (pas de Vibram ici, contrairement à la Speedgoat) reste correcte sur sec, plus aléatoire dès que ça mouille ou que ça grimpe sur du rocher humide.
Pour qui ? Les coureurs qui privilégient le confort pur, les sorties longues, la récupération active. Une excellente option pour qui veut une seule chaussure du quotidien capable de tout encaisser, à condition de rester sur des terrains roulants. Tarif autour de 155 €.
Nike Pegasus Trail 5 — le bon plan polyvalent
Plus accessible côté tarif et beaucoup moins niche, la Nike Pegasus Trail 5 est la version off-road de la légendaire Pegasus. Nike ne la classe pas officiellement comme une chaussure GRVL, mais c’est exactement à ça qu’elle sert : enchaîner du bitume et des chemins faciles sans rien sacrifier ni à l’un ni à l’autre.

Les chiffres : environ 37 mm / 27,5 mm de stack, 9,5 mm de drop, autour de 300 g en taille 9 US. La mousse ReactX (qui équipe aussi la Pegasus de route) annonce 13 % de retour d’énergie en plus que l’ancienne React. À l’usage, c’est plus moelleux, sans pour autant devenir mou. La gomme All Terrain Compound avec ses crampons diamant de 3,2 à 3,5 mm offre une accroche correcte sur gravier, terre tassée et neige tassée, mais montre vite ses limites sur sol mouillé ou rocher glissant. Pas de plaque de protection sous le pied : sur un caillou pointu, on le sent.
C’est paradoxalement ce qui en fait une bonne GRVL : elle est légère pour le confort, son rocker est pensé pour les transitions, et elle reste agréable sur du bitume long — beaucoup plus qu’une vraie trail. Une version GTX étanche existe aussi, particulièrement pertinente sous nos latitudes.
Pour qui ? Les coureurs qui veulent une chaussure polyvalente abordable, sans investir dans un modèle GRVL pur et dur. Idéale pour découvrir le segment ou pour les usages mixtes occasionnels. Tarif autour de 150 €.
Quelle chaussure pour quel coureur ?
Si on devait simplifier : la Salomon Aero Glide 4 GRVL pour la polyvalence dynamique et les sorties longues, la Hoka Challenger 8 pour le confort maximal sur terrains roulants, et la Nike Pegasus Trail 5 pour qui cherche le bon compromis prix/performance ou veut tester le segment avant de s’engager sur un modèle plus pointu.
Le GRVL ne remplacera ni les vraies chaussures de route ni les vraies trails. Mais pour tous ceux qui courent en rue, le long des canaux, sur les ravels ou dans les bois faciles — c’est-à-dire la grande majorité des coureurs belges — c’est probablement la chaussure la plus juste qu’on puisse leur conseiller aujourd’hui.
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