AthlEthics : une nouvelle structure pour professionnaliser l’encadrement de l’athlétisme francophone

À Liège, l’association AthlEthics veut donner aux entraîneurs de haut niveau les moyens de se consacrer pleinement à leurs athlètes. Porté par Alain Decors et Vincent Tadino, le projet réunit les groupes de Thomas Vandormael et François Gourmet, avec l’ambition de renforcer l’accompagnement des talents francophones jusqu’aux Jeux olympiques de Los Angeles 2028.

Porté par Alain Decors et Vincent Tadino, le projet AthlEtics
a été présenté ce mardi 13 octobre à Liège. (© Hugé)

« Pendant que j’allais aux Mondiaux à Tokyo, mon coach Thomas Vandormael a dû prendre des congés sans solde pour pouvoir m’accompagner, à perte. Moi, j’avais déjà, depuis la fin de mes études, un contrat à temps plein. Il fallait que mon coach puisse avancer en même temps que moi. »

Le témoignage est celui de Ruben Querinjean, récemment médaillé de bronze sur le mile aux Championnats du monde de course sur route et sur 3.000 m steeple aux Championnats d’Europe de Birmingham. Alors que la carrière du grand Malmédien prend une nouvelle dimension, son entraîneur doit encore jongler avec ses responsabilités d’enseignant dans le supérieur.

C’est dans ce contexte qu’a été officialisé ce mardi au Centre Sportif Liège la naissance d’AthlEthics, une nouvelle structure d’encadrement qui doit tirer l’athlétisme liégeois et francophone vers le haut. Avec l’objectif de favoriser la performance dans un cadre multidisciplinaire.

Avec des athlètes professionnels, cela était incohérent d’avoir un entraîneur qui ne l’était pas.

Thomas Vandormael

Donner du temps aux entraîneurs

Concrètement, le projet doit permettre à Thomas Vandormael, spécialisé dans le demi-fond, et le fond, ainsi qu’à François Gourmet, actif dans le sprint et les épreuves techniques, de se consacrer pleinement au suivi de leurs athlètes les plus performants. L’objectif est notamment de poursuivre ce travail au moins jusqu’aux Jeux olympiques de Los Angeles en 2028.

« Jusqu’à présent, ce fut le plus souvent pour moi un chemin de croix pour encadrer les athlètes vers le tout haut niveau, en tant qu’enseignant-coach », confirme Thomas Vandormael. « Avec des athlètes professionnels, cela était incohérent d’avoir un entraîneur qui ne l’était pas. Mais il n’y avait jusqu’ici pas de solution. Ce projet est donc du pain bénit pour moi au moment où je voyais que l’équation devenait quasiment impossible. Je suis à la fois soulagé et fier de ce qui se met en place. »

Un projet privé porté par deux entrepreneurs

AthlEthics est une initiative privée financée sur la base du mécénat. Elle est portée par Alain Decors, ancien champion de Belgique du 300 mètres haies et ancien président du RFCL Athlétisme, et Vincent Tadino, ancien recordman de Belgique U20 du 400 mètres. Tous deux ont présenté le projet ce mardi à Liège.

« La tâche des entraîneurs est très souvent sous-estimée », souligne Alain Decors, qui est prêt à mettre quelque peu de côté sa passion pour le golf pour se consacrer à ce nouveau projet. « Derrière chaque athlète de haut niveau, il y a un suivi personnalisé de l’entraîneur. C’est un boulot à temps plein de la part de l’entraîneur, mais il n’y a aucune structure permettant leur développement. Comment espérer professionnaliser un sport et ses athlètes sans professionnaliser les entraîneurs ? C’est de ce diagnostic qu’est né ce projet. »

Alain Decors, président de la nouvelle association AthlEtics.

Vincent Tadino partage cette volonté de mettre les entraîneurs au centre du dispositif. « Le projet est de donner du temps aux entraîneurs », résume-t-il. Après avoir transposé dans sa vie professionnelle ce qu’il avait appris dans l’athlétisme, il souhaite aujourd’hui appliquer au projet les méthodes et les enseignements tirés de son expérience dans le monde des affaires.

Quels athlètes sont concernés ?

Le groupe rassemble notamment des athlètes entraînés par Thomas Vandormael et François Gourmet. Ruben Querinjean, Remi Schyns, Antoine Senard, Antoine Snyders et la jeune Maya Wintquin étaient présents à Liège lors de la présentation. Nathan Geada da Silva, Cédric Motieh et même Ilona Mason figurent également sur la liste présentée.

Si le projet possède des racines liégeoises marquées, il n’a pas vocation à rester fermé. L’objectif est aussi d’offrir une perspective aux athlètes qui ambitionnent d’atteindre le haut niveau en Wallonie.

« Jusqu’ici, si quelqu’un voulait faire du haut niveau dans l’athlétisme en Wallonie, que pouvait-on lui proposer ? Il n’y avait pas vraiment de réponse. Aujourd’hui, il y a une structure qui se met en place sur Liège pour les accueillir », explique Thomas Vandormael. «Il ne s’agira donc pas d’un groupe qui a vocation à rester fermé, mais bien un groupe ouvert mais où l’on doit viser la performance et où il faudra être uni dans la manière de voir les choses. »

Une structure complémentaire aux clubs

La création d’AthlEthics pourrait aussi susciter des questions quant à ses relations avec les acteurs déjà présents dans le paysage de l’athlétisme francophone. Ses promoteurs insistent toutefois sur un point : l’association n’entend se substituer ni aux clubs ni à la fédération. Elle veut compléter les dispositifs existants, notamment ceux de l’Adeps et de la Ligue, en apportant des moyens supplémentaires aux entraîneurs et aux athlètes.

« Les clubs ont rarement des moyens pour avoir une approche holistique, au-delà de l’entraînement et de la préparation physique », ajoute encore Alain Decors. « Ici, l’ambition est de développer une approche globale, en mettant notamment l’accent sur les aspects mental et social. On ne se positionne donc en aucun cas en concurrence avec les clubs. Nous sommes juste un ensemblier de compétences pour améliorer l’environnement dans lequel les athlètes évoluent. »

Thomas Vandormael insiste lui aussi sur cette complémentarité : « On ne veut surtout pas se dissocier des clubs. Mais aucun club ne propose ce que l’on va pouvoir mettre en place avec ces athlètes. L’approche se veut donc complémentaire. »

Le Centre Sport Liège comme base d’entraînement

Pour développer son projet, AthlEthics a choisi de s’installer au Centre Sport Liège, anciennement Centre sportif du Blanc Gravier. Les infrastructures et les équipements doivent permettre aux entraîneurs et aux athlètes de compléter le travail effectué dans leurs clubs respectifs, notamment grâce à du matériel et à des techniques qui ne sont pas toujours accessibles dans ces structures.

Une structure comme celle-ci ne peut qu’aider à aller plus loin, tant individuellement que collectivement

Remi Schyns

L’association a également conclu une convention de collaboration avec le Département de médecine physique, de réadaptation et de traumatologie du sport de l’ULiège. Celui-ci assurera un suivi médico-sportif systématique des athlètes, avec notamment une collecte de données sur le long terme. L’objectif est de renforcer l’accompagnement individuel tout en développant les connaissances liées à la performance en athlétisme de haut niveau.

Pour Remi Schyns, cette nouvelle organisation pourrait également faciliter le quotidien des athlètes et favoriser les échanges au sein du groupe.

« Ma 7e place sur 3.000 mètres steeple lors de l’Euro m’a donné faim pour aller chercher encore plus à l’avenir », explique-t-il. « Et une structure comme celle-ci ne peut qu’aider à aller plus loin, tant individuellement que collectivement. Partager les connaissances au sein d’un groupe et bénéficier des infrastructures vont chacun nous pousser plus haut. Aujourd’hui, en étant de la région liégeoise, on devait souvent courir à gauche et à droite. C’est très chronophage. Désormais, on aura tout au sein d’une seule et même structure. »

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Thibaut Hugé

Thibaut Hugé est journaliste et entrepreneur, fondateur de Belgium Running. Egalement pratiquant et adapte des longs efforts d'endurance, il défend un journalisme de proximité appliqué à la course à pied, avec l’ambition de connecter, informer et inspirer la communauté running en Belgique.