Tove Alexandersson a remporté le Marathon du Mont-Blanc 2026 en démontrant une nouvelle fois que les qualités acquises en course d'orientation se transfèrent parfaitement au trail. (© DavidGonthier/MMB 2026)

Pourquoi la course d’orientation est l’une des meilleures écoles pour réussir en trail ?

La récente victoire de Tove Alexandersson au Marathon du Mont-Blanc 2026 n’a rien d’un hasard. Comme d’autres avant elle, la Suédoise est passée de la course d’orientation au plus haut niveau à l’élite mondiale du trail. Une transition qui s’explique par les qualités très particulières développées dans une discipline où courir vite ne suffit jamais.

Tove Alexandersson a remporté le Marathon du Mont-Blanc 2026 en démontrant une nouvelle fois que les qualités acquises en course d'orientation se transfèrent parfaitement au trail. (© DavidGonthier/MMB 2026)
Tove Alexandersson a remporté le Marathon du Mont-Blanc 2026 en démontrant une nouvelle fois que les qualités acquises en course d’orientation se transfèrent parfaitement au trail. (© DavidGonthier/MMB 2026)

Lorsque Tove Alexandersson a surclassé le Marathon du Mont-Blanc 2026 ce dimanche, beaucoup ont salué la performance physique. Pourtant, son parcours raconte une autre histoire.

Avant de s’imposer sur les plus grandes courses de trail, la Suédoise s’est forgé l’un des plus beaux palmarès de l’histoire de la course d’orientation. Elle rejoint ainsi une liste de plus en plus longue d’anciens orienteurs devenus des références en trail, comme Judith Wyder, Frédéric Tranchand ou encore Michał Olejnik. Chez nous, l’ancien triple champion de Belgique de trail Etienne Van Gasse avait également fait son écolage en course d’orientation.

Cette répétition n’a rien d’une coïncidence. Si les deux disciplines semblent différentes, elles reposent sur des qualités étonnamment proches.

Analyse en trois points.

En trail, le terrain est un adversaire à part entière

En montagne, la performance ne dépend pas uniquement de la puissance ou de la VO2Max. Le terrain impose en permanence des choix : où poser le pied, quelle trajectoire adopter, jusqu’où conserver sa vitesse dans une descente ou un pierrier ?

C’est précisément ce que les orienteurs apprennent pendant des années. Pour rappel, la course d’orientation est une discipline où les athlètes doivent rejoindre une série de balises dans le bon ordre, uniquement à l’aide d’une carte et d’une boussole, tout en choisissant eux-mêmes l’itinéraire le plus rapide.

Habitués à courir sur des terrains accidentés, souvent hors sentier, ces athlètes développent une lecture instinctive du relief. Ils anticipent leurs appuis plusieurs mètres à l’avance et choisissent naturellement la ligne la plus fluide. Là où d’autres ralentissent pour analyser le terrain, eux continuent à courir. À l’échelle d’un ultra ou d’un marathon de montagne, ces petits gains finissent par représenter plusieurs minutes.

La différence se joue aussi dans la tête

La course d’orientation est souvent décrite comme un jeu d’échecs disputé à haute intensité. L’athlète doit prendre des décisions en permanence tout en maintenant un effort proche de son maximum : adapter son itinéraire, corriger une erreur, anticiper le relief ou changer de stratégie sans perdre sa lucidité.

Cette capacité à réfléchir sous fatigue constitue un avantage souvent sous-estimé en trail. Les meilleurs ne sont pas seulement capables de produire un effort prolongé ; ils restent capables de faire les bons choix lorsque la fatigue altère la concentration. Dans une discipline où une erreur d’itinéraire, un mauvais appui ou une descente mal négociée peuvent coûter cher, cette lucidité fait souvent la différence.

Tove Alexandersson à l’arrivée du Marathon du Mont-Blanc (©AdrienColleur / MMB 2026)

Une qualité qui se construit pendant des années

L’autre force de la course d’orientation est qu’elle développe des qualités difficiles à acquérir à l’âge adulte. Les milliers d’heures passées à courir dans les bois renforcent naturellement la proprioception, l’équilibre, la coordination et la réactivité. Ces automatismes permettent ensuite d’évoluer avec une étonnante fluidité sur les terrains techniques, sans gaspiller d’énergie.

Le moteur physiologique reste évidemment indispensable pour gagner en trail. Mais lorsque le terrain devient exigeant, la technique et l’intelligence de course prennent une place grandissante. C’est sans doute ce qui explique pourquoi tant d’anciens orienteurs réussissent leur transition vers le trail. La victoire de Tove Alexandersson au Marathon du Mont-Blanc n’est finalement pas une exception : elle confirme qu’avant d’être un sport d’endurance, le trail est aussi un formidable exercice d’adaptation.

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Thibaut Hugé

Thibaut Hugé est journaliste et entrepreneur, fondateur de Belgium Running. Egalement pratiquant et adapte des longs efforts d'endurance, il défend un journalisme de proximité appliqué à la course à pied, avec l’ambition de connecter, informer et inspirer la communauté running en Belgique.