La On Cloudultra Pro est arrivée avec une promesse claire : offrir une chaussure capable d’accompagner les ultra-traileurs sur de longues heures de course, avec de vrais arguments en termes de recherche et développement. Officiellement, le modèle a été pensé pour les formats type UTMB, où l’on court longtemps et sur des terrains majoritairement courables.
De notre côté, nous l’avons utilisée dans différents contextes : plus de 350 km accumulés sur des sentiers techniques, parfois cassants, des sentiers forestiers (sec, humide ou boueux). C’est là que nous avons appris à connaître cette Cloudultra Pro, et que nous avons découvert une chaussure finalement plus polyvalente que son discours « ultra élite » ne pourrait le laisser penser.

Une chaussure née d’un projet très structuré
On Running n’a pas improvisé cette Cloudultra Pro. La marque suisse explique avoir travaillé plus de trois ans sur ce modèle, autour d’un petit noyau de designers et d’ingénieurs, avec une série impressionnante de prototypes passés aux pieds d’athlètes de haut niveau avant la sortie publique.
L’objectif est de créer une chaussure stable, confortable et efficace pour l’endurance, limitant la friction et la fatigue musculaire. Les équipes R & D ont optimisé cinq aspects : crampons, géométrie rocker, mesh, mousse de la semelle intermédiaire et plaque intégrée, testant de nombreuses combinaisons virtuelles et ensuite sur terrain, jusqu’à la version actuelle.
Fiche d’identité : On Cloudultra Pro
- Type : chaussure de trail longue distance/ultra-trail orientée performance
- Poids : env. 260 g (pointure 42)
- Stack/drop : 39 mm talon – 33 mm avant-pied, drop 6 mm
- Semelle intermédiaire : mousse Helion HF (superfoam) + plaque Speedboard en nylon/fibre
- Semelle extérieure : Missiongrip, crampons de hauteur moyenne, pensée pour la polyvalence
- Tige : mesh très respirant, tissage technique, languette rembourrée, talon plutôt souple
- Prix indicatif : positionnée clairement sur le segment premium (environ 270 €)
Sur le terrain
Nous avons testé la On Cloudultra Pro dans ce qui correspond à notre pratique habituelle : des sorties allant de une à plusieurs heures, majoritairement sur sentiers, avec peu de grands dénivelés continus, mais beaucoup de changements de rythme et de terrain. Les séances ont alterné chemins forestiers, monotraces techniques, passages caillouteux, racines, zones humides et descentes où l’on aime bien lâcher un peu les chevaux.
Au fil des semaines, la paire a accumulé plus de 350 km. Cela nous a laissé le temps de passer l’effet « nouveauté » et de voir comment la chaussure se comporte dans la durée, tant sur le plan du confort que de l’usure.

Confort et maintien : une base qui inspire confiance
Dès les premières sorties, nous avons retrouvé une constante : la Cloudultra Pro est une chaussure dans laquelle on se sent bien. L’accueil est moelleux sans être mou, le pied trouve sa place sans tâtonner, et la semelle offre tout de suite une impression de protection rassurante.
Là où la chaussure se distingue réellement, c’est quand le rythme s’accélère, notamment en descente. Une fois le pied bien calé au fond de la chaussure, avec un laçage correctement ajusté, nous avons eu la sensation que « c’est nous qui dirigeons ». Même sur des sentiers techniques, la Cloudultra Pro ne donne pas l’impression de flotter : la plateforme reste stable, l’amorti filtre sans gommer totalement le terrain, et les trajectoires restent faciles à ajuster. Cette capacité à garder la main, surtout en descente, est l’un des gros points forts du modèle et donne confiance.
Sur la durée, nous n’avons pas constaté de zones d’échauffement particulières ni de frottements gênants. Le rembourrage autour du talon et de la cheville est bien dosé, la languette joue pleinement son rôle et les lacets se laissent régler sans prise de tête.
Un mesh respirant qui fait vraiment la différence
Le mesh, très ajouré, laisse réellement circuler l’air. En conditions chaudes, nous avons eu la sensation d’un pied moins enfermé que dans d’autres modèles comparables. Lorsque la météo se dégrade ou que le sentier traverse herbes hautes, flaques et zones détrempées, l’eau finit forcément par entrer, mais la chaussure a une vraie capacité à évacuer et à sécher en courant. On passe assez vite du pied franchement trempé au pied simplement humide, ce qui, sur plusieurs heures, change beaucoup la donne en matière de confort et de risque d’ampoules.
Il y a cependant un point de vigilance : la rigidité relative du mesh à l’avant du pied peut créer une pliure marquée au niveau des orteils. Il nous est arrivé que cette pliure tombe directement sur le petit orteil et, dans ce cas, le frottement devient vite sensible, voire blessant si la sortie s’éternise. C’est un détail à surveiller lors des premières utilisations, en particulier sur le choix de la pointure et du serrage, pour éviter que cette cassure ne vienne appuyer exactement là où il ne faut pas.
Ce mesh respirant, combiné à une structure qui maintient sans comprimer, reste malgré tout un vrai atout : une fois la chaussure bien réglée, la Cloudultra Pro fait partie de ces modèles que l’on accepte sans difficulté de garder longtemps aux pieds.

Comportement sur les sentiers
Sur le terrain, la On Cloudultra Pro ne cherche pas à tout faire, mais elle couvre un spectre étonnamment large. Sur les parties roulantes, que ce soit en plat ou en faux plat montant, la combinaison mousse + plaque + rocker se traduit par une foulée fluide. La chaussure incite à courir, à se laisser porter, plutôt qu’à marcher. Quand on décide de hausser le ton, elle répond présente, sans effet « trop rigide » ni inertie.
Sur les sentiers techniques, nous avons été agréablement surpris par son comportement. Certes, la semelle est haute et la chaussure n’a pas la précision d’un modèle minimaliste, mais elle reste assez lisible. Les appuis sont stables et la transition entre les zones plus propres et les sections plus heurtées se fait sans rupture. C’est précisément dans ces passages mixtes, où l’on alterne entre relances rapides et vigilance accrue, que la Cloudultra Pro montre l’intérêt de sa conception.
En revanche, dès que le terrain devient très gras ou vraiment extrême – boue profonde, blocs instables, pierriers raides – on sent que le choix de crampons modérés atteint ses limites. L’accroche reste correcte, mais ce n’est pas une spécialiste de la gadoue ni des itinéraires les plus alpins. Là encore, le positionnement « ultra courable » de la chaussure transparaît.
Stabilité, fatigue musculaire et fin de course
La hauteur de semelle et la souplesse relative du contrefort talon ont un effet : dans les dévers marqués ou sur des terrains très irréguliers, la cheville doit parfois travailler un peu plus pour garder le pied dans l’axe. Sur nos sorties, cela ne s’est pas transformé en vrai problème, mais les coureurs sujets aux entorses ou habitués à des modèles très bas sur le sol devront sans doute prévoir une phase d’adaptation.
En revanche, sur les sorties longues où l’on reste majoritairement sur des sentiers « normaux » ponctués de passages techniques, la gestion de la fatigue musculaire est intéressante. La Cloudultra Pro amortit bien, relance sans forcer et permet de conserver une foulée relativement propre même en fin de séance. Nous n’avons pas eu l’impression d’une chaussure qui nous « pompe » l’énergie ; au contraire, elle donne envie de continuer à courir lorsque le parcours le permet.

Durabilité : un modèle à suivre, mais rassurant pour l’instant
Après un peu plus de 350 km, la Cloudultra Pro commence à montrer de très légers signes d’usure… mais uniquement sous la semelle. Certains crampons se sont un peu arrondis, surtout sur les zones les plus sollicitées, sans que cela n’ait, à ce stade, d’impact sensible sur le comportement de la chaussure. L’usure reste superficielle et assez logique pour un modèle utilisé régulièrement sur des sentiers techniques.
En revanche, le reste de la chaussure ne trahit quasiment pas le kilométrage. Le mesh n’est ni détendu ni abîmé, les renforts sont intacts, la mousse ne semble pas « fatiguée » et la tige ne présente pas de plis inquiétants. Visuellement comme au pied, la Cloudultra Pro donne encore l’impression d’un modèle en très bon état de fonctionnement.
Bien entendu la durabilité sera dépendante de votre pratique du trail, des terrains empruntés, de votre style de course… mais à ce stade c’est rassurant.
Pour quels profils de traileurs et quels terrains ?
Au terme de ce test, nous imaginons assez bien à qui s’adresse la On Cloudultra Pro. Elle conviendra particulièrement aux traileurs qui ont déjà un certain volume, qui aiment vraiment courir en terrain varié et qui visent des distances longues, sans forcément parler d’ultra alpin extrême. Si votre terrain de jeu mêle chemins roulants, singles techniques raisonnables, elle est faite pour vous.
Nous la conseillerions moins à des débutants en quête d’une paire unique ou à des coureurs qui passent l’essentiel de leur temps dans la boue profonde ou sur des itinéraires très alpins où la marche et la gestion de l’équilibre priment sur la course.
Verdict : une ultra-trail shoe aboutie, au service de la polyvalence
La On Cloudultra Pro nous laisse l’impression d’une chaussure techniquement aboutie, où chaque choix de conception a un sens sur le terrain. Son confort global, la qualité de sa tige respirante, la manière dont elle inspire confiance dès que le pied est bien calé et la polyvalence dont elle fait preuve sur différents types de sentiers en font un modèle que nous avons pris plaisir à accumuler les kilomètres.
Elle a évidemment ses limites – notamment en terrain très gras ou très engagé, et sur la question de la durabilité si on la traite comme une paire de tous les jours –, mais dans le rôle pour lequel elle a été pensée, celui d’une chaussure d’ultra-trail moderne pour parcours courables et techniques modérés, la Cloudultra Pro tient largement sa promesse. Pour les traileurs qui aiment courir longtemps avec la sensation de garder la main, c’est une option qui mérite clairement d’être envisagée.
On aime
- La polyvalence : à l’aise sur sentiers roulants comme sur portions plus techniques, c’est une chaussure qu’on peut sortir sans trop se poser de questions sur le parcours.
- Le mesh très respirant : confortable par temps chaud, capable de sécher vite après la pluie ou les passages humides, ce qui améliore le confort sur la durée.
- La qualité globale et la stabilité : construction soignée, sensation de solidité, et bonne stabilité en descente une fois le pied bien calé au fond de la chaussure.
On aime moins
- Le prix élevé (270€) : clairement positionnée sur le segment premium, elle s’adresse plutôt aux sorties importantes et aux objectifs longue distance qu’au quotidien.
- Le comportement en terrain très gras ou extrêmement technique : les crampons polyvalents montrent leurs limites dans la boue profonde ou les pierriers les plus engagés.
Cloudultra Pro vs Cloudultra 3 : deux visions du long
Comparer la Cloudultra Pro à la Cloudultra 3 permet de mieux comprendre le positionnement de chacune. La Cloudultra 3 reste, selon nous, la version la plus accessible de la famille : une chaussure longue distance confortable, tolérante, qui se prête bien à un usage polyvalent, de la sortie rando-course au trail long mené sans ambition chronométrique particulière.
La Cloudultra Pro, elle, pousse le curseur vers la performance. On retrouve un air de famille – amorti généreux, semelle Missiongrip, drop modéré, tige bien ventilée – mais le ressenti change nettement. La Pro est plus dynamique, plus « tenue », avec une plaque plus marquée et une géométrie qui encourage davantage à courir qu’à marcher.
Dans notre pratique, nous voyons la Cloudultra 3 comme la chaussure que l’on peut sortir un peu pour tout, alors que la Cloudultra Pro devient la paire que l’on choisit pour les séances spécifiques, les longues sorties structurées et les jours de course.












