Pour sa première Diagonale des Fous, le Namurois Julien Dejemeppe a pris une 35e place qui fait de lui le troisième Belge de l’épreuve, en 30h48’53.

Derrière l’exploit de Jérôme Vanderschaeghe (3e) et la 12e place de Hugo Smets, le coureur namurois Julien Dejemeppe a lui aussi signé une très belle performance sur les 180,8 km et 10.200 m de dénivelé positif du nouveau tracé 2026 de la Diagonale des Fous. Décrochant à l’arrivée la 35e place, en 30h45’53.
Toujours à La Réunion, il est revenu pour nous sur une course qu’il a gérée avec sang-froid — et savourée.
Une gestion de métronome
Sur une épreuve de 180 kilomètres, tout se joue dans la patience. Julien Dejemeppe l’a abordée avec une prudence inhabituelle pour lui : « c’est la première course que je commence aussi prudemment », confie-t-il. En cause, une première partie piégeuse : une grosse quarantaine de kilomètres très courables, où la tentation d’aller vite est un faux ami. Le Namurois a préféré temporiser et s’économiser le plus loin possible dans la course, pour rester lucide et en forme.
Le calcul s’est révélé payant. C’est à partir du 80e kilomètre qu’il a commencé à remonter au classement, grignotant des places sans jamais forcer. La fin de course a même pris des airs de récompense. «J’ai vraiment super bien couru, je me suis senti bien jusqu’à l’arrivée ». Au bout du compte, une 35e place et un chrono environ deux heures sous son estimation.
La boue, Hell-Bourg et Mafate
Paradoxalement, son plus beau souvenir est né d’une crainte. Avant le départ, une section du parcours avait été annoncée comme particulièrement boueuse — un passage qu’il appréhendait. Sur le terrain, l’obstacle redouté s’est transformé en terrain de jeu. « J’ai vraiment adoré jouer dans la boue.»
La descente qui a suivi, vers Hell-Bourg, première base de vie du parcours (km 81), lui a offert ses premiers grands paysages de l’intérieur de l’île et, surtout, les retrouvailles avec son assistance : beaucoup d’émotion, beaucoup de bonheur. Puis le cirque de Mafate, traversé de jour sous un ciel dégagé : « le cirque, c’est vraiment le plus beau moment ».


Deux coups de moins bien, vite effacés
La traversée n’a pas été un long fleuve tranquille. À Îlet Savannah, deuxième base de vie, un gros coup de fatigue l’a contraint à une sieste d’un quart d’heure, le temps de retrouver de l’énergie et de la lucidité avant des sentiers très techniques. Un souci gastrique au ravitaillement suivant, lui aussi vite dissipé. Deux alertes courtes, dans une course globalement très bien vécue, technicité comprise.
Mieux que prévu, au bout d’une prépa ciblée
Ce qui frappe, c’est la marge. « Mieux, même », résume-t-il quand on lui demande si la course a tenu ses promesses. À force d’anticiper les difficultés — la boue, la rude montée du Maïdo —, il les a abordées en forme et bien négociées à chaque fois. Son objectif de départ, situé « autour de 33, 34 heures », a volé en éclats : deux heures de mieux, et surtout la sensation d’avoir été « vraiment bien » de bout en bout.
Rien d’un hasard. Déjà 101e de l’UTMB en 2025, le Namurois a construit sa saison sur la technicité et le dénivelé. En février, il remportait le tout premier 100 miles de l’Ultra-Trail de la Sibérie, à Profondeville — une édition dans la boue qui, rétrospectivement, a fait figure de répétition idéale. La vraie préparation a démarré en avril, avec un gros test en juin sur l’Extrême Dolomiti, réputé très technique, un passage estival dans les Vosges pour le dénivelé, puis un bloc dense de la mi-août à la fin septembre.
L’île dans la peau
Reste l’ambiance, que Julien Dejemeppe range parmi ses souvenirs les plus forts. Celle d’une île entièrement tournée vers sa course : villages en fête, karaokés et barbecues au bord de l’océan, habitants qui, aujourd’hui encore, l’arrêtent dans les magasins pour lui demander son temps. Une ferveur « plus local, plus authentique », vécue autant par les habitants que par les supporters. L’aventure, il l’a d’ailleurs partagée en famille, sa compagne, ses deux enfants et une amie assurant l’assistance au fil des points de passage.

Un nouveau rendez-vous à La Réunion ? Pas tout de suite. « C’est loin, c’est un gros projet ». D’autres courses l’attendent avant, plus près, en Europe. Mais l’idée chemine. « Peut-être dans 10 ou 15 ans, dans un autre état d’esprit, plus cool », pour profiter autrement de tout ce qui se joue en dehors de la course.




