« Vous pouvez arrêter la course à pied » : comment Pierre Petruzzelli a retrouvé les sentiers grâce au mental (PODCAST)

Plusieurs chirurgiens lui avaient annoncé qu’il devait arrêter la course à pied. Aujourd’hui préparateur mental, Pierre Petruzzelli a retrouvé les sentiers et a même bouclé un ultra de 71 km en montagne. Dans le dernier épisode de Fartlek, il revient sur cette épreuve et explique comment le travail mental peut aider les coureurs à mieux vivre une blessure, sans jamais se substituer au suivi médical.

Pierre Petruzzelli, préparateur mental, est le dernier invité de notre podcast Fartlek.

La blessure et l’arrêt forcé font partie des réalités que redoutent de nombreux coureurs. Au-delà de la douleur physique, il y a la frustration de ne plus pouvoir s’entraîner, la peur de perdre ses acquis et, parfois, une question bien plus difficile à accepter : pourrai-je encore courir un jour ?

C’est précisément ce qu’a vécu Pierre Petruzzelli, aujourd’hui préparateur mental, et qu’il raconte dans le dernier épisode de notre podcast Fartlek.

Passionné de course à pied depuis l’adolescence, il préparait un marathon en moins de trois heures lorsqu’un problème aux hanches l’a brutalement contraint à revoir ses ambitions. Le diagnostic est sans appel : il souffre d’une double dysplasie des hanches, une particularité présente depuis sa naissance. Plusieurs chirurgiens lui déconseillent alors de poursuivre la course à pied.

« Monsieur, vous pouvez arrêter la course à pied. Ce n’est plus pour vous. »

Ces mots, Pierre les a entendus à plusieurs reprises. Pour un sportif habitué à avancer avec des objectifs précis, l’arrêt est difficile à vivre. Il se retrouve privé de ce qui occupe une place centrale dans son quotidien, sans parvenir à accepter cette nouvelle réalité.

Deux ans pour retrouver le chemin des sentiers

Après plusieurs mois de blessure, une retraite silencieuse lui fait prendre conscience de la place que son mental occupe dans sa vie. Il décide alors d’explorer d’autres pistes pour tenter de retrouver la course à pied, tout en conservant un accompagnement médical.

Pendant deux ans, il travaille notamment avec une kinésithérapeute, à raison de courts exercices réguliers. En parallèle, il se forme de manière autodidacte à différentes techniques liées à la gestion du stress, des émotions, de l’énergie, de la respiration et de la posture.

Petit à petit, sa manière d’aborder la situation évolue. Il ne s’agit plus seulement de subir la blessure, mais de réfléchir à ce qu’il peut encore mettre en place.

« Je me voyais comme un mec blessé, comme une personne blessée, comme quelqu’un qui dramatisait les choses, comme une victime. Et en fait, c’est d’aller au-delà de ça et de se construire une nouvelle identité. »

Cette démarche, qu’il qualifie de « révolte constructive », lui permet de sortir progressivement de cette identité de coureur blessé. Deux ans après son arrêt, il reprend la course à pied. Depuis, il a retrouvé les sentiers et a notamment terminé cette année les 71 kilomètres du Ventoux.

Son histoire n’est évidemment pas une recette universelle. Pierre le rappelle : sa dysplasie est toujours présente et une intervention chirurgicale pourrait un jour devenir nécessaire. Son parcours montre surtout qu’un diagnostic ne résume pas toujours tout ce qu’il est possible de mettre en place pour mieux vivre une situation difficile.

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Le mental, un complément au suivi médical

C’est aussi ce qu’il cherche aujourd’hui à transmettre dans son métier de préparateur mental. Lorsqu’un coureur se blesse, l’accompagnement ne doit pas se limiter à la question du retour à l’entraînement. La frustration, les pensées négatives et la peur de perdre les progrès réalisés peuvent également peser sur cette période.

L’objectif est alors de travailler sur les leviers qui restent accessibles : mieux gérer ses émotions, faire évoluer son dialogue intérieur, prendre soin de son hygiène de vie et identifier les actions qui peuvent soutenir la récupération.

« Moi, je dirais que c’est optimiser la récupération après la blessure, enfin pendant la blessure. C’est optimiser justement le soin que va apporter le médecin ou qu’il va apporter un kiné ou qu’il va apporter un ostéo pour justement te remettre beaucoup plus rapidement sur pied. »

Le mot important est bien celui d’optimisation. La préparation mentale ne remplace ni le diagnostic ni les soins. Elle vient en complément du travail des professionnels de santé, avec l’objectif d’aider le sportif à traverser cette période dans de meilleures conditions.

Elle peut aussi intervenir au moment de la reprise. Après plusieurs semaines ou plusieurs mois sans courir, certains sportifs appréhendent le retour, craignent de ressentir à nouveau une douleur ou veulent immédiatement retrouver leur niveau précédent. Pierre invite alors à prendre le temps de reconstruire la confiance et à retrouver le plaisir de courir, plutôt que de vouloir rattraper à tout prix les entraînements manqués.

La décision de reprendre doit toutefois rester encadrée médicalement. Le mental peut aider à mieux vivre cette étape, mais il ne permet pas, à lui seul, de déterminer si le corps est prêt.

Pierre Petruzzelli, lors de l’enregistrement du podcast Fartlek.

Et si la blessure changeait aussi notre rapport à la course ?

Avec le recul, Pierre Petruzzelli estime que cette période a profondément modifié sa façon de courir. Avant sa blessure, il était très attaché à ses objectifs et à ses plans d’entraînement. Aujourd’hui, il accorde davantage d’attention à ses sensations et communique plus facilement avec son entraîneur, son kiné et son ostéopathe.

Il a aussi appris à ne plus utiliser systématiquement la course comme un moyen d’échapper aux difficultés du quotidien. Courir doit rester un plaisir, et pas seulement un objectif à atteindre.

C’est dans cette perspective qu’il invite les sportifs à regarder autrement certaines épreuves, sans minimiser leur difficulté.

« La blessure pour moi était une sacrée belle opportunité. Après, ce n’est pas toujours le cas. Sans doute, c’est un drame, mais… c’est la capacité de chacun à voir la situation sur des angles différents. »

Le préparateur mental ne prétend donc pas qu’une blessure est une chance. Il souligne plutôt qu’elle peut devenir, avec le temps, le point de départ d’une réflexion sur sa pratique, ses priorités et la place que la performance occupe dans sa vie.

Pour les coureurs confrontés à un arrêt forcé, cette approche ouvre une autre perspective : pendant que le corps récupère, il reste possible d’agir, d’apprendre et de préparer la suite. Pas nécessairement pour revenir plus vite ou battre un record, mais peut-être pour reprendre la course à pied avec davantage de recul et de plaisir.

Une conférence chez TraKKs le 5 novembre

Pierre Petruzzelli donnera une conférence « Hackez votre mental » le jeudi 5 novembre à 18h30 chez TraKKs by i-Run Waterloo. Un événement gratuit mais pour lequel l’inscription est obligatoire.

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Thibaut Hugé

Thibaut Hugé est journaliste et entrepreneur, fondateur de Belgium Running. Egalement pratiquant et adapte des longs efforts d'endurance, il défend un journalisme de proximité appliqué à la course à pied, avec l’ambition de connecter, informer et inspirer la communauté running en Belgique.