Courir lentement cet hiver : le vrai mode d’emploi pour développer votre endurance fondamentale

Courir doucement est bénéfique pour votre progression car une intensité basse va déclencher des adaptations que l’intensité haute ne produirait pas aussi bien. On vous explique.

© Simon Fusillier

La saison des dossards en montagne se referme. Les derniers trails d’automne sont courus, le cross belge vient de rallumer ses projecteurs à Berlare et Roulers et, pour beaucoup de coureurs, les prochaines semaines ressemblent surtout à des sorties dans le noir, la boue et le crachin.

C’est précisément le moment que les entraîneurs appellent la « base » : la période où l’on construit, loin des chronos, le moteur qui servira au printemps. Son carburant principal porte un nom devenu presque un slogan sur les réseaux : l’endurance fondamentale. Derrière la mode du « courir lentement pour courir vite », il y a de la vraie physiologie — et quelques malentendus tenaces qu’il vaut la peine de défaire avant de s’y mettre.

L’hiver, la saison où l’on pose les fondations

L’intérêt de l’hiver n’est pas romantique, il est calendaire. Sans objectif imminent, on peut enfin travailler le volume sans se soucier de la performance du week-end.

C’est la fenêtre idéale pour épaissir la base aérobie, celle qui ne se voit pas sur un 5 km mais qui décide, des mois plus tard, de la capacité à tenir une allure et à encaisser les séances dures. L’idée n’a rien de nouveau : les plans d’entraînement sérieux ont toujours réservé l’automne et l’hiver au foncier. Ce qui a changé, c’est la quincaillerie — montres, ceintures cardio, applications — qui a transformé une notion de feeling en affaire de pourcentages, pour le meilleur et parfois pour le pire.

L’endurance fondamentale, concrètement

L’endurance fondamentale, c’est courir à une intensité franchement basse. Les repères les plus courants la situent autour de 70 à 77 % de la fréquence cardiaque maximale et de 60 à 70 % de la VMA, pour une perception de l’effort de 2 à 3 sur une échelle de 10. Ces fourchettes varient selon les écoles — certaines descendent plus bas — et c’est une première raison de ne pas s’y fier aveuglément.

Le meilleur garde-fou ne coûte rien : le test de la parole. À la bonne allure, on doit pouvoir tenir une conversation, plusieurs phrases d’affilée, sans être coupé par le souffle. Dès qu’on répond par monosyllabes, on est déjà trop vite. Pour la plupart des coureurs amateurs, le choc est le même : l’allure réellement « facile » est bien plus lente que ce qu’ils pratiquent au quotidien, souvent coincés dans une zone grise ni assez lente pour récupérer, ni assez rapide pour progresser.

© Trail de la Sibérie – C. Bortels

Ce qui se passe quand on lève le pied

Si courir doucement marche, c’est parce que l’intensité basse déclenche des adaptations que l’intensité haute ne produit pas aussi bien. À allure facile, le corps apprend à mieux utiliser les lipides comme source d’énergie, épargnant des réserves de glycogène précieuses sur les efforts longs. Le cœur gagne en débit : à chaque battement, il éjecte davantage de sang. Au niveau musculaire, le réseau de capillaires se densifie et le nombre de mitochondries — les petites centrales qui produisent l’énergie à partir de l’oxygène — augmente, améliorant l’apport et l’exploitation de l’oxygène.

À cela s’ajoute un bénéfice moins spectaculaire mais décisif en hiver : la récupération. Les sorties lentes sollicitent peu l’organisme, se digèrent vite et permettent donc d’augmenter le volume total sans accumuler la fatigue — tout en réduisant le risque de blessure par rapport à un entraînement bourré d’intensité. C’est tout l’enjeu de la saison : faire du kilomètre « utile » sans se casser.

Le fameux 80/20 — et le piège des zones

La référence la plus citée en la matière vient des travaux du physiologiste Stephen Seiler sur la répartition des intensités chez les athlètes d’endurance de haut niveau. Son constat, repris depuis par de nombreuses études, est qu’environ 80 % de leur entraînement se fait à basse intensité — sous le premier seuil, là où le lactate reste bas — et seulement 20 % à intensité élevée. D’où la règle de pouce du « 80/20 » : l’immense majorité du volume en facile, une petite part en dur, et très peu entre les deux.

C’est là qu’il faut rester honnête. Une synthèse de la littérature signée Stöggl et Sperlich (2015) rappelle que la plupart des athlètes suivent en réalité une répartition dite « pyramidale » — beaucoup de facile, un peu de seuil, encore moins de très intense — plutôt que strictement «polarisée ». Certaines études montrent un avantage net du modèle polarisé sur une période donnée ; d’autres non. Les auteurs concluent prudemment qu’on ne sait pas désigner une répartition « optimale » universelle. Le 80/20 est un excellent principe directeur, pas une loi gravée dans le marbre, et il décrit des pros à très gros volume, pas forcément le coureur de club à quatre sorties par semaine.

Deuxième piège, plus sournois : le mot « zone ». Dans le modèle à trois zones de Seiler, la « zone 2 » désigne la zone de seuil — justement celle qu’on cherche à limiter. Mais sur la plupart des montres grand public (Garmin, Coros, Polar) qui découpent l’effort en cinq zones, la « zone 2 » correspond à l’endurance facile, celle qu’on veut au contraire privilégier. Deux systèmes, un même numéro, des sens opposés : de quoi partir, cardio en main, dans la mauvaise direction. Avant de suivre une consigne « zone 2 » glanée sur une vidéo, mieux vaut savoir de quel découpage elle parle.

© Simon Fusillier – la Belgique en hiver

Comment s’y mettre sans se tromper

En pratique, trois réflexes suffisent. D’abord, accepter de ralentir pour de bon : l’ego en prend un coup les premières semaines, mais c’est le prix du foncier. Le test de la parole reste le juge de paix, plus fiable qu’un chiffre, d’autant que le froid, le vent et le relief faussent les sensations comme les données GPS.

Ensuite, faire monter le volume progressivement. C’est ici que la notion de quantification du stress mécanique, popularisée dans le monde francophone par Blaise Dubois et La Clinique du Coureur, prend tout son sens : le corps s’adapte à une charge qu’on augmente par petites touches, pas à un bond soudain de kilométrage un dimanche de motivation. L’hiver, avec ses sols glissants et ses appuis instables, invite d’ailleurs à la prudence sur la foulée et les chemins.

Enfin, garder une ou deux touches d’intensité par semaine plutôt que de tout noyer dans le lent. L’endurance fondamentale est la fondation, pas la maison entière : sans un peu de vitesse entretenue, la base reste une base. Côté matériel, une simple ceinture cardio — souvent plus juste au poignet par temps froid — et une frontale correcte suffisent à cadrer ces sorties ; inutile de courir après le dernier gadget.

Nous n’avons pas pu confirmer votre inscription.
Merci pour votre inscription à la newsletter Belgium Running. Un e-mail de confirmation vient de vous être envoyé. Cliquez sur le lien qu’il contient pour finaliser votre inscription.

S’inscrire à la Newsletter BR

Vous acceptez que votre mail soit transféré à Brevo pour être traité conformément à sa politique de confidentialité.

Avatar photo
Simon Fusillier

Passionné de technologies et de course à pied, je travaille avec Belgium Running sur le terrain, en vidéo comme à l’écrit. J’aime découvrir, tester et analyser le matériel running, tout en racontant l’actualité du sport. Trailer, je passe beaucoup de temps sur les sentiers et j’adore être en montagne, mon terrain de jeu favori.