La Liégeoise fut la seule femme à réussir à parcourir une boucle sur l’édition 2026 de la Barkley. Interview.

La Barkley Marathons 2026 est terminée. Une nouvelle fois, aucun des 40 participants n’est parvenu à décrocher le statut de finisher. Le but du jeu était de réussir à effectuer 5 boucles à travers les forêts hostiles du Tennessee, soit probablement un peu plus de 200 kilomètres et quelque 20.000 mètres de D+. Sans balisage ni montre GPS dans un exercice mêlant orientation et ultra-endurance.
Seuls 12 athlètes sont parvenus à repartir dans les temps pour une 2e boucle sur cette édition. Et un seul a réussi à valider une « Fun Run » (3 boucles), le Français Sébastien Raichon. Parmi les 12 participants ayant réussi une boucle, la Liégeoise Séverine Vandermeulen, première femme belge à participer à l’épreuve depuis sa création en 1986.
Séverine, comment vous sentez-vous après cette expérience à la fois hors du temps et hors du commun?
« C’est difficile de revenir à la réalité. Tout est tellement particulier dans la Barkley, hors du temps… »
Racontez-nous ! On sait très peu de choses finalement sur ce qui s’est passé dans les forêts du parc de Frozen Head sur cette Barkley…
« J’ai donc réussi à finir une boucle, comme 11 autres participants. J’étais la seule femme. Je suis donc la première à y parvenir depuis que le parcours a été durci suite à l’édition d’il y a deux ans avec cinq finishers. Je l’ai finie en 12h25. Le timing était donc très tendu pour la suite. Je devais repartir maximum après 13h20 de course pour ma deuxième boucle. De nuit et seule qui plus est. J’ai rapidement su que je n’allais pas y arriver. J’ai alors fait demi-tour pour rejoindre le camp de base. »

Comment s’est passée cette première boucle?
« J’ai pu profiter des conseils des Français. Je connais bien Sébastien Raichon, qui est le seul à avoir réussi une « Fun Run » cette année. Il m’a filé quelques tuyaux avant la course, qui m’ont bien servi. Au départ, contrairement à ce que je fais d’habitude, je suis partie assez vite. La première rivière, je suis par exemple passée à fond dedans, au lieu d’être prudente et d’éviter de me tremper. Ca m’a permis de rester avec le groupe des Français et de bénéficier de leur expérience tout un temps. Evidemment, ils allaient un peu vite pour moi sur la durée et j’ai dû les laisser filer pour terminer la première boucle.
Vous n’aviez pas de GPS avec vous, règlement oblige. Avez-vous une idée de la longueur de la boucle de la Barkley? Certains parlent de 160 km pour les 5 boucles, soit 32 km par boucle.
« C’est plus. Je n’ai évidemment aucune trace de ce que j’ai fait. Mais on est plus proche des 45 km et 4.500 mètres de D+ selon ce que les Français qui l’avaient déjà fait m’ont dit. »
Vous aviez indiqué avoir les qualités pour ce format avant la course. Sur place, vous vous êtes sentie sur votre terrain de jeu?
« Oui, je pense que c’est un terrain qui me convenait. Je l’ai dit à mes proches et ça peut faire sourire. Mais la Barkley, c’est un peu comme le Ninglinspo en version XXL. De grandes forêts comme on peut en trouver en Belgique, mais avec des pentes beaucoup plus longues évidemment. Et sur la Barkley, c’est tout droit dans la pente. Exactement ce que j’adore faire lors de mes sorties. C’est ce que je recherche dans ma pratique, ce côté sauvage, droit dans le talus. Et avec mon passé en orientation, je pense en effet que j’ai certaines qualités pour ce format. Cela ne veut pas dire que je reviendrai. C’est tellement d’investissement, à tous niveaux… »
Chacun se fait son image de la Barkley de l’extérieur. Vous, après l’avoir vécue, comment pouvez-vous la décrire?
« Ce qui me vient à l’esprit, c’est le fait que ce soit une course « à l’ancienne ». La Barkley me rappelle ce que j’ai connu il y a 20 ans, avec les Célestes par exemple. Il n’y a pas de place pour les réseaux sociaux, pas de douche, peu de confort. Tout est minimaliste. A côté de ça, Lazarus (Lake) et Carl (Henn) sont très accessibles, il y a moyen de beaucoup échanger avec eux. Avec un humour qui leur est propre. Une expérience hors du commun. Même pour une boucle, je ne regrette rien. Cela valait vraiment la peine de vivre une fois la Barkley. »





